L’agneby

L’Agneby est un ancien brise glace norvégien condamné à être découpé que mon président a réussi à faire requalifier pour lui faire reprendre du service pour caboter le long des côtes d’Afrique. Il faut dire qu’en ces années soixante dix à quatre vingt, personne n’est très regardant. Tout ce qui peut flotter est bienvenu pour transporter des marchandises dans le golfe de Guinée. René, le capitaine de ce cercueil flottant est un marin exceptionnel, rien ne lui est impossible, aucun obstacle ne l’arrête. Aussi difficiles que soient les circonstances il amène son bateau et sa cargaison à bon port. Il est secondé par un chef mécanicien responsable de la bonne marche des moteurs et huit hommes d’équipages. La barcasse de 35 mètres de long peut tranquillement transporter ses 1200 tonnes de frêt.
Mon jeune âge, et mon manque d’expérience m’ont valu de représenter à bord l’armateur. Alors naïvement et en toute innocence j’en profite. Je bénéficie de la cabine de « l’armateur » la plus luxueuse du bord, elle jouxte celle de René en plus spacieux. Pour cette expédition notre frêt se compose de ciments et de machines agricoles, comme me l’a indiqué mon président dans un télex. Je suis responsable de cette opération jusqu’à ce que le frêt soit déchargé. Le président a précisé que la priorité c’étaient les machines agricole, leur volume représente la moitié de la cargaison.
J’ai embarqué sur l’Agneby à Abidjan et j’en descendrai une fois le frêt livré pour rejoindre mon port d’attache en côte d’ivoire par avion. La destination précise de la cargaison de machines agricoles se résume à des coordonnées latitude et longitude que j’ai données en mer à René lorsque nous avons eu quitté la lagune à Abidjan, ceci conformément à mes instructions. C’est m’a dit René un endroit perdu de la côte du golfe de Guinée entre Lagos et port Harcourt. René est habitué à ce genre de cachoteries et ne me parait pas le moins du monde choqué. Il connait bien le secteur au large du Nigéria, car, pendant la guerre du Biafra il a navigué dans ces eaux pour livrer des « médicaments » qui se sont avérés être des armes et des munitions.
Cela l’inquiète un peu car cette zone qu’il connait bien est bordée de dunes et de marais. Aborder à la côte est compliqué car il n’y a pas moyen d’approcher l’agneby de très près de la côte et il faudra transborder les marchandises. Pourvu que les réceptionnaires soient bien équipés avec de nombreuses chaloupes pour recevoir les marchandises, et nous éviter de mouiller trop longtemps dans les parages, avant qu’un patrouilleur ou une vedette de la douane ne vienne nous faire une visite « de courtoisie », le ciment sera livré après à Lagos…
cordialement Camille

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